Culture : nos réponses aux interpellations du Tricycle
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Dans une lettre datée du 16 décembre 2015, Eric Piolle et Corinne Bernard répondent aux diverses interpellations concernant l’avenir du Tricycle

Madame, Monsieur,

Vous nous avez interpellés récemment via une pétition pour que le Tricycle demeure un théâtre d’art et d’essai. Votre message, ainsi que d’autres sollicitations sur le même sujet, a retenu toute notre attention. Nous souhaitons par la présente vous répondre, rappeler les motivations de la décision que nous avons prise cet automne et, nous le croyons, lever plusieurs inquiétudes et malentendus.

Nous avons en effet annoncé le 30 septembre aux membres du collectif Tricycle la fin de la mise à disposition des théâtres 145 et de Poche ainsi que des trois agents de la ville de Grenoble. De plus, le versement d’une subvention de 125 000 € pour le fonctionnement a été garanti (la même qu’en 2015, au prorata du temps d’occupation des lieux en 2016), ainsi que le soutien à la création jusqu’à la fin de la saison engagée. Un courrier à monsieur Serge Papagalli, président de l’association, est venu par la suite confirmer les éléments présentés ce jour-là. Nous n’avons pas changé de position.

Grenoble est une ville de culture, une ville où le foisonnement artistique est historique et qui contribue à sa vitalité.

Plus de 200 œuvres d’art dans nos rues, un réseau de bibliothèques au plus près des Grenoblois, un musée de peinture certes municipal mais une collection d’art contemporain du niveau d’un musée national, une histoire autour des cinémas et de nombreux festivals de films et courts métrages, une maison de la culture – première scène nationale de France en matière de subventions – le premier centre chorégraphique national qui accueille en janvier deux nouveaux chorégraphes, quasiment un théâtre dans chaque quartier, un conservatoire à rayonnement régional où la danse, la musique et le théâtre sont enseignés à plus de 2 000 élèves de l’initiation à la formation pré-professionnelle… toutes ces actions, ces réseaux, ce patrimoine font la richesse de notre ville et nous continuerons à les défendre malgré la situation budgétaire très défavorable – et d’ailleurs unique pour les villes de la même taille.

La ville de Grenoble s’engage en 2016 dans un processus de soutien plus lisible et plus équilibré des projets de création des équipes artistiques, à travers l’évolution du Théâtre municipal par le travail autour d’un projet d’établissement, la mise en place de comités de suivi composés de professionnels et de comités d’avis d’attribution des subventions.

La reprise en régie directe des deux théâtres 145 et de Poche dont la gestion était déjà en grande partie assumée par la collectivité, vient garantir la pérennité de ces lieux dans la situation financière inédite que traverse la Ville. Ces plateaux, complémentaires du plateau du Théâtre Municipal, continueront à être mis à la disposition des équipes artistiques. Des moments de la saison devront être également dédiés aux travaux des élèves du Conservatoire de Grenoble et à la diffusion des pratiques théâtrales amateurs. Nous tenons ici à souligner le travail remarquable des professionnels administratifs, techniques et artistiques du Théâtre municipal sur lesquels nous pouvons nous appuyer. Et, nous nous y engageons : nous utiliserons tout ce qui relève de nos compétences pendant ce mandat pour qu’aucun théâtre de Grenoble ne disparaisse.

En outre, afin que les projets et les soutiens à la création artistique du spectacle vivant, de l’écriture à la diffusion, soient rendus plus lisibles et mieux coordonnés sur le territoire, il est proposé la mise en place d’un comité de suivi dédié, associant les directrices et directeurs des lieux (MC2, Espace 600, Prémol, Théâtre Sainte-Marie-d’En-Bas, Théâtre municipal de Grenoble, Conservatoire de Grenoble, CDC Le Pacifique, CCNG), ainsi que les structures tel le Troisième Bureau par exemple. Cette structuration doit permettre la mise en place de parcours, de la formation initiale jusqu’au soutien à la création des équipes et concernera peu à peu tous les champs artistiques (théâtre, arts visuels, musiques actuelles, arts chorégraphiques, arts numériques, etc.).

Le cinéma, les arts plastiques et la musique seront aussi les autres sujets de comités de suivi dédiés mis en place dès 2016.

Le politique n’exercera aucune ingérence dans les choix artistiques : il n’y aura pas d’élus dans les comités de suivi. Pour nous c’est un principe fondamental. La ville de Grenoble portera une attention particulière aux équilibres des soutiens à la création artistique, entre l’ancrage local et l’ouverture nationale/internationale, les écritures contemporaines et le répertoire revisité, la découverte de nouveaux talents et l’aide aux artistes confirmés, le renouvellement des esthétiques et la circulation des équipes.

Sachez que la culture est, et demeurera, à Grenoble la troisième part du budget communal. Ce sont 32 millions d’euros en 2015. C’est considérable et nous en sommes fiers. Mais, seul, ce chiffre en dit trop peu ! Car, plus profondément, la culture raconte l’identité de Grenoble et en fait son dynamisme au même titre que la montagne et l’innovation. L’ambition de la Ville est grande pour valoriser la création artistique et le patrimoine, élargir l’accès à toutes les cultures. Affirmer cette double ambition ne signifie en rien renoncer à une quelconque exigence en matière de qualité, de reconnaissance du travail, de nouveautés qui bousculent…

Dans les bouleversements du monde, dans le tumulte des peurs aiguisées et des menaces montantes de tous ordres, la culture, nos cultures, sont une boussole fragile mais ô combien indispensable. La culture, les arts sont au cœur de notre projet d’émancipation des femmes et des hommes, des enfants, de celles et ceux qui habitent Grenoble depuis toujours comme celles et ceux qui arrivent, parfois dans le dénuement le plus total. La ville émancipatrice est indissociable dans notre projet municipal de la ville durable, de la ville solidaire et citoyenne.

Nous sommes au bout d’un cycle, celui de la croyance dans l’abondance des ressources, qu’elles soient financières ou environnementales. L’enjeu de notre génération est de savoir ce que nous voulons faire des bouleversements en cours : les subir ou inventer ensemble un nouveau modèle ? Soyez assurés de notre détermination, et de celle de toute notre équipe, à y travailler, avec toutes celles et tous ceux qui sont prêts à s’engager dans cette démarche.

Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de nos salutations les meilleures.

 

Eric Piolle      Corinne Bernard                 

Une réflexion au sujet de “Culture : nos réponses aux interpellations du Tricycle

  1. C est bien que les elu-e-s prennent le temps de répondre aux différentes pétitions, parfois justifiées, mais pouvant aussi colporter des rumeurs néfastes citoyennement et politiquement.
    Face aux difficultés actuelles liées au néolibéralisme destructeur de la démocratie il faut savoir garder raison.
    Jacques Toledano

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