Votation citoyenne : Grenoble innove (encore) ! 🗺
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Vidéo – Lors du conseil municipal du 29 février 2016, Pascal Clouaire présente le lancement du dispositif d’interpellation et de votation citoyennes. Ce dernier prolonge l’histoire de l’innovation grenobloise en matière de participation.

Lucide et impérieuse, la voix de PMF comme le surnommait la presse à l’époque, Pierre Mendes France, député de la 2e circonscription de l’Isère en 1967, nous disait ceci :

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’État, mais sur celles de la région, de la commune. La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »

Mes chers collègues, notre engagement de mettre en place un dispositif d’interpellation et de votation citoyenne fait écho à cette volonté énoncée par Pierre Mendes France. Notre but est précisément celui de permettre aux habitants de notre ville de ne plus se prononcer uniquement le jour de l’élection, mais de dire et de faire des politiques publiques. Au fond, il s’agit de donner à chacun sa part de pouvoir, tout au long du mandat. Nous misons sur une intelligence citoyenne.

Notre politique de la démocratie locale prolonge l’histoire de la participation à Grenoble, depuis les premières unions de quartier dans les années 20, des groupes d’action municipale, des expériences d’autogestion à la Villeneuve, jusqu’à la charte de la démocratie locale.

Alors que le jeu politique s’essouffle, que les programmes peinent à convaincre, que des sentiments de désenchantement, d’impuissances alimentent partout la montée des populismes, il nous faut conjurer ce ressentiment de « mal représentation », que le monde politique serait coupé de la société.

Ce déficit démocratique, cette crise de la représentation que nous traversons, ne vient pas de la volonté des élus, il ne s’agit pas de faire le procès de personne. Car il s’agit ici d’une question structurelle et historique comme nous l’enseigne Pierre Rosanvallon quand il imagine l’avenir de la démocratie à partir de la tension entre le principe politique de la démocratie et son principe sociologique.

Le peuple est souverain dans les principes, mais il apparait au contraire trop souvent impuissant à définir et décider des politiques publiques. La crise de la représentation, la crise de confiance, c’est aussi ce lien qu’il faut interroger entre représentation et élection. Tous les bulletins ne produisent pas le même effet : si votre candidat est élu, votre bulletin a produit un effet, si votre candidat n’est pas élu, votre bulletin n’a pas produit d’effet, sans compter que les électeurs (ceux qui se déplacent pour voter) ne représentent pas toute la société. Sans compter également que les électeurs ne vous font pas un chèque en blanc.

Si l’on veut faire avancer la société, l’élection ne suffit plus. Aujourd’hui, nous avons besoin de changer la donne, de proposer des innovations démocratiques, d’aller plus loin en matière de participation des habitants.

Nous le faisons ici, à notre place d’élus, de manière exploratoire et au niveau  local. Et je dis ça, car nous le faisons, et c’est la moindre des choses, en respectant la loi dans ses limites actuelles qui interdit à une collectivité territoriale de créer du droit, ce qui explique que nous ne proposons pas de délibération. Et il faudra sans doute porter ces innovations démocratiques au niveau national, pour participer à renforcer la loi en matière de démocratie locale.

Notre politique vise à élargir les interactions, à faire preuve d’une exigence de lisibilité, d’ouverture des données, d’implication des citoyens selon différents degrés (de l’information, toujours  – à la co-construction, quand c’est possible). Il nous faut permettre le retour de la confiance dans les institutions démocratiques, donner du pouvoir d’agir, aller chercher les plus éloignés de la participation, rétablir le débat public. C’est dans ce sens, que nous avons déjà mis en place les conseils citoyens indépendants, puis le budget participatif et aujourd’hui que nous respectons la parole donnée par la mise en place de ce dispositif d’interpellation et de votation.

Je voudrais pour finir, insister sur 3 points :

1) Premièrement l’importance que l’équipe municipale accorde à cette mesure. Loin d’être un coup de com. ou une manœuvre politicienne, elle incarne au contraire le sens profond de nos convictions en matière de démocratie : nous avons été élus avec presque 20 000 voix ; voilà le socle de notre légitimité, mais si demain plus de 20 000 Grenoblois imposent telle ou telle mesure, nous l’accepterons comme une autre forme d’expression démocratique, tout aussi légitime.

2) Deuxième point : la conviction qu’on peut gouverner sans craindre la société, qu’on peut gouverner sans craindre de débattre des sujets qui font précisément débat. Parce que c’est justement une des conditions du retour de la confiance :  éviter l’affrontement stérile et parier plutôt sur la force du positif, du constructif, du solidaire, gouverner avec l’intelligence collective et peut-être trouver de nouvelles pistes encore inexplorées.

En donnant la parole à tous les habitants de plus de 16 ans de notre ville, en travaillant avec les citoyens tels qu’ils sont, nous allons recueillir bien évidemment des espoirs, des solutions mais aussi des problèmes ! Mais il en va de la dignité du politique de ne pas les esquiver et de sortir des zones de confort qu’il sait se ménager trop souvent. En lançant ces dispositifs de participation et aujourd’hui de votation, l’équipe municipale renouvelle sa volonté de prendre à bras le corps les aspirations et les problèmes réels des Grenoblois.

3) Troisième point : l’enjeu considérable que représente cette forme d’expérimentation politique. Grenoble est réputée pour souvent avoir été pionnière et innovante. La matière première de notre action sera faite des problèmes que rencontrent les grenoblois et des moyens concertés à mettre collectivement en œuvre pour les solutionner. « Rendre le conflit constructif », Et cette expérimentation se veut également, un moteur, un accélérateur de propositions dans les parcours éducatifs, dans le domaine culturel, des solutions dans le sport, les personnes âgées…, bref, des innovations qui nous seront proposées dans tous les domaines de nos politiques publiques

A tous ceux qui ne manqueront pas de critiquer notre initiative, nous disons « jouez le jeu jusqu’au bout. Vous avez désormais le pouvoir d’animer la contradiction et plus généralement le débat public ».

Et à tous ceux qui diront « si je m’engage, je peux obtenir une décision ». Nous répondons « engagez-vous, proposez, innovez, faites avancer avec nous la démocratie locale à Grenoble ! ».

Je tiens à ce propos à remercier le CLUQ et LAHGGLO qui nous ont fait parvenir une lettre soutenant notre démarche :

Extrait : « Porte-parole des associations d’habitants de Grenoble (CLUQ) et de l’ensemble métropolitain (LAHGGLO), nous tenons à vous assurer que nous ferons tout pour faciliter et encourager cette expérimentation et à annoncer d’emblée que si elle devait mener à des conflits de légalité, nous serons du côté de ceux qui veulent élargir les libertés locales et non du côté de ceux qui les redoutent. La démocratie locale a besoin de trouver un nouveau souffle, faisons le pari d’y réussir. »

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Actualités Conseil municipal du 29 février 2016
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