Grenoble rend hommage à Hubert Dubedout
Partager

Le 23 novembre 2016, pour célébrer les 30 ans de la disparition d’Hubert Dubedout, la Ville de Grenoble a rendu hommage à ce maire visionnaire, défenseur de la mixité sociale et précurseur de la démocratie participative. Retrouvez ci-dessous le discours d’Eric Piolle à l’occasion du dévoilement d’une plaque à son nom et de la plantation d’un arbre à sa mémoire dans le cimetière Saint-Roch.

 

Monsieur le Député Michel DESTOT

Madame DUBEDOUT

Mesdames et Messieurs les membres de la famille d’Hubert DUBEDOUT

Monsieur le Président de l’association Présence d’Hubert DUBEDOUT Pierre FRAPPAT

Madame la Présidente de l’association ‘’Saint Roch ! Vous avez dit cimetière ?’’ Marie-Claire RIVOIRE

Mesdames et Messieurs les élus

Mesdames et Messieurs

Quelle force dans les mots d’Hubert DUBEDOUT qui viennent d’être prononcés !

Quelle actualité également dans ce rapport de 1982, sur des questions qui sont toujours fondamentalement les nôtres, celles des institutions au niveau national et celles qui relèvent du champ d’expérimentation de la démocratie locale.

30 ans après sa disparition, ses paroles continuent de sonner juste. Elles touchent notre esprit, elles touchent notre cœur aussi.

Quand j’étais enfant, collégien puis lycéen, Hubert DUBEDOUT faisait partie –  avec un autre maire, dont je dirai le nom à voix basse, Georges Frêche (deux visions de la politique radicalement différentes !)- de l’imaginaire de gauche, de tous ces militants d’une gauche fraîchement arrivée au pouvoir. Il faisait partie de mon imaginaire d’enfant. Je ne savais pas à l’époque qu’il avait fréquenté le même lycée que moi – c’est Michel HOLLARD qui me l’a appris bien après. Au lycée Berthou à Pau, nous parlions de LAUTRÉAMONT, Saint-John PERSE, Guy DEBORD, Pierre BOURDIEU, qui tous ont aussi fréquenté ce même lycée. Chacun à leur manière, ils ont marqué notre société. Ils ont montré que l’on pouvait penser autrement, que l’on pouvait questionner les codes, que l’on pouvait bousculer l’ordre établi.

C’est en quittant les Pyrénées pour rejoindre les Alpes, en arrivant à Grenoble, que j’ai pleinement découvert les réalités derrière cet imaginaire, que j’ai découvert le parcours et l’engagement exceptionnels d’Hubert DUBEDOUT, dans une expérience concrète assez proche de ce que pouvait représenter cet imaginaire.

A Grenoble, j’ai senti l’élan formidable qu’il avait réussi à impulser, un élan fait d’ouverture, de citoyenneté, de modernité…

C’est ce que j’ai aimé à Grenoble. Et c’est ce que j’aime toujours aujourd’hui.

C’est sans doute aussi ce qui m’a poussé – comme tant d’autres parmi vous –  à rester, à m’y installer, à m’y engager, à y faire grandir ma famille.

Je crois que cette histoire qui s’est nouée entre Grenoble et Hubert DUBEDOUT n’est pas un hasard.

De longue date, un vent de fronde a souvent soufflé sur notre cité. De la journée des Tuiles à l’élection surprise d’Hubert DUBEDOUT, les Grenoblois ont souvent montré qu’ils aimaient chambouler le système en place, qu’ils aimaient déjouer les pronostics, qu’ils aimaient agir en femmes et hommes libres, qu’ils aimaient s’inviter là où ne les attendait pas.

Hubert DUBEDOUT partageait lui-aussi cet esprit d’audace.

Toute sa vie, il a osé.

Il a osé le collectif – il l’a dit dans ses mots d’introduction de 1965.

Il a osé l’engagement citoyen sous des formes radicalement nouvelles.

Il a montré que les bonnes idées n’étaient pas seulement à l’Hôtel de Ville, qu’elles pouvaient naître partout.

Il a osé rassembler par-delà les étiquettes.

Il a osé porter des idées en avance sur son temps, parfois même en avance sur la loi – des idées au service des gens, des idées au service du territoire.

Aujourd’hui, il continue à nous montrer que l’on peut changer la donne, que l’on peut améliorer la vie, que l’on peut construire à l’intérieur du système, tout en étant farouchement pour sa transformation.

Les livres successifs et récents de Pierre FRAPPAT nous aident, m’aident à découvrir et à renouveler cet état d’esprit.

Cet état d’esprit qui nous montre que l’on peut faire autrement, que l’on peut tracer des chemins collectifs, que l’on peut mettre l’humain au cœur des décisions, au cœur de l’action.

Je crois que c’est pour cela que Grenoble et les Grenoblois doivent beaucoup à Hubert DUBEDOUT.

Il a fait tomber des murs, inventé une nouvelle démocratie. Il a montré que chaque citoyen, chaque habitant, chaque « groupe social » (ce sont ses mots) pouvait prendre la parole, agir sur l’organisation de la cité. 

Il a montré que l’ouverture est une force, que, oui, définitivement, les immigrés et les arrivants sont une richesse, et qu’ils peuvent faire entendre leur voix dans cette terre d’accueil.

Hubert DUBEDOUT a agi pour que la culture soit partagée par tous, pour qu’elle irrigue toute la ville, tous les quartiers, sans cesse en questionnement sur elle-même.

Avec lui, le visage de la ville a changé, de la Villeneuve au quartier Très-Cloîtres, du quartier Hoche à la place Grenette rendue piétonne en 1968 (ce crime de « lèse-automobile »).

Avec des idées aussi qui se sont traduites par la suite, évidemment le tram, idée brillante brillamment défendue, bien après que les 220 kilomètres du réseau originel aient été démantelés, et bien avant que ce moyen de transport ne redevienne à la mode partout.

Tout n’a pas été pourtant facile pour lui dans son parcours en politique – et c’était là aussi inscrit dans ses premiers mots de 1965. Il a dû faire face à la violence du système, à la violence de ceux qui refusaient que l’on bouscule l’ordre établi, les privilèges établis. Ceux-là ont voulu le dévaloriser, le discréditer.

Mais la grande force d’Hubert DUBEDOUT, c’est d’avoir su garder son cap, de ne pas avoir lâché. Il a continué à avancer, sur des chemins souvent iconoclastes, mais toujours rassembleurs et porteurs de sens, porteurs d’espoir.

Citoyen débarqué ‘’de nulle part’’, un peu à la marge de la gauche ‘’officielle’’, son héritage est encore vivant aujourd’hui et structurant pour la pensée de beaucoup d’entre nous.

Aujourd’hui, Grenoble et les Grenoblois lui doivent beaucoup.

Alors un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui l’ont accompagné, en premier lieu sa famille, à toutes celles et ceux aussi qui se mobilisent pour continuer partager sa pensée et son action.

C’est un immense merci que je souhaite dire au nom de la Ville de Grenoble.

C’est aussi un message inspirant pour nous tous, un message inspirant aussi je l’espère pour les générations futures, les jeunes générations qui sont là parmi nous aujourd’hui.

Alors trente ans après sa disparition, au nom des Grenoblois,  je voudrais lui dire un seul mot : « Merci ».