Accompagner la transformation des services publics locaux pour garantir leur pérennité
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Conseil municipal du 19 décembre 2016 – Eric Piolle répond à l’interpellation de l’intersyndicale au sujet de l’évolution du réseau grenoblois de lecture publique et de ses enjeux.

Le débat sur l’évolution du réseau grenoblois de lecture publique pose des enjeux de plusieurs natures qu’il m’apparaît nécessaire de distinguer.

En premier lieu, la question du service public rendu aux Grenobloises et aux Grenoblois.

Je souhaite ici l’affirmer sans détour : la bibliothèque est un service public fondamental. Le rôle éducatif, culturel, civique et social des bibliothèques ne saurait être mis en doute. Lieux d’accès à la culture, à la connaissance et à l’information, de développement de l’esprit critique, de formation, d’accompagnement à l’apprentissage, de construction personnelle et de rencontre, les bibliothèques sont tout cela à la fois.

La bibliothèque accueille chacun sans distinction d’âge, d’appartenance sociale ou culturelle. L’accès au livre est un corollaire de la maîtrise du langage et du verbe, indispensables à la participation à la vie démocratique et nécessaires pour que chacun trouve sa place et se sente reconnu dans la société.

A ce titre, nous sommes fiers de la richesse et de la densité du réseau de lecture publique grenoblois :

  • il compte plus de 190 agents, soit deux fois plus que la moyenne des villes de même taille (moyenne villes de 125000 à 175000 habitants : 94,7 agents, données de l’Observatoire de la lecture publique).
  • il rassemble plus de 35 000 inscrits, soit presque 22% de la population grenobloise, ce qui est nettement supérieur aux moyennes nationales (17%)
  • plus d’1,2M de prêts sont réalisés chaque année, à nouveau le double de la moyenne des villes de même strate (650 000 dans les villes de même strate, ibid.)
  • les bibliothèques s’étendent sur environ 20 000m², soit 12,5m² pour 100 habitants (5,5m² dans les villes de même strate).

Un réseau d’une densité sans équivalent, sur lequel il faut aujourd’hui travailler.

Les bibliothèques spécialisées jeunesse Hauquelin et Prémol ont cessé leurs activités au mois de juillet 2016. Chacune était jumelle d’une bibliothèque de quartier plus importante, située à proximité : Jardin de Ville d’une part et Arlequin d’autre part. Au-delà de leur période d’ouverture (12h par semaine en période scolaire et 10h durant les vacances pour Hauquelin, 10h en période scolaire et 6h durant les vacances scolaires pour Prémol) et du prêt de documents (411 emprunteurs à Prémol et 651 à Hauquelin), elles accueillaient des classes et travaillaient en partenariat avec des structures de proximité. Les bibliothèques jumelles prennent le relais. Le lien avec l’ensemble de ces partenaires se poursuit sous des formes nouvelles, les conditions de travail avec les classes sont réaménagées (séances en bibliothèques, visites à l’école, accompagnement des projets pédagogiques portés par les enseignants tout au long de l’année, visites en bibliothèque en autonomie…) au vu des nouvelles possibilités du réseau. Chaque classe continuera d’avoir accès à la lecture publique. Bien sûr ces nouvelles modalités devront être évaluées, avec les agents et les partenaires.

Les locaux restent propriété municipale. Un travail est lancé avec les acteurs des deux quartiers (Unions de quartiers, CCI, MJC, associations…) pour faire un état des lieux des besoins sociaux, des projets, des envies. Nous entendons déjà le souhait qu’ils deviennent des lieux de rencontre intergénérationnels, ouverts et tournés vers les habitants du quartier.

Par ailleurs, la direction des bibliothèques travaille à l’ouverture d’une section jeunesse à la bibliothèque Kateb Yacine. Ce projet permettra de faire de cet équipement, qui joue un rôle original sur le territoire (il accueille de nombreuses rencontres, est fréquenté durant leur temps libre par de nombreuses personnes qui fréquentent la galerie attenante, et s’ouvre sur les autres communes de la Métropole), un équipement pour tous les âges, grand ouvert aux familles et aux jeunes.

Bien sûr, il est nécessaire d’accompagner les nouveaux parcours de lecture. Des actions sont menées, ou sont en projet, pour permettre aux habitants d’accéder à la lecture publique quel que soit leur quartier d’habitation. La bibliothèque Arlequin intervient à la MDH Prémol et travaille en lien avec les partenaires du quartier dans le cadre d’actions hors les murs. Il nous faudra redoubler d’efforts pour que les habitants franchissent l’avenue Marie Reynoard, qui reste une frontière psychologique difficile à abaisser. Mais c’est bien notre devoir, de nous mobiliser collectivement pour que chacun se sente bien et un peu chez soi dans tous les quartiers de Grenoble.

Pour ce qui concerne la bibliothèque Alliance, nous avons entendu les inquiétudes des habitants, des usagers, des bibliothécaires. Elle restera une bibliothèque et sera partie intégrante du réseau, avec des collections et des agents de bibliothèque professionnels dont le nombre a été précisé aux organisations syndicales. Ces postes ne seront pas prélevés sur les autres bibliothèques du réseau. La bibliothèque Alliance accueillera aussi des activités nouvelles : autour du socle que sera la bibliothèque, la Ville va travailler en concertation avec les acteurs et les habitants du quartier pour imaginer les projets et les initiatives qui pourraient y être accueillies et réfléchir à la configuration du bâtiment et renforcer cette dimension de lieu de vie et de rencontres. A Toulouse, la médiathèque accueille des projets musicaux et une graineterie, à Limoges c’est un espace citoyen, à Thionville, Paris ou Delft, les espaces sont réagencés pour faire cohabiter convivialité et espaces de lecture confortables, dans une bibliothèque de la Drôme on trouve un café… Ce lieu pourrait accueillir un café, des projets éducatifs, culturels, des projets liés à la fabrication de la ville… La concertation permettra de faire émerger des envies, des intentions spécifiques, en réponse aux dynamiques grenobloises.

Cette transformation, nous souhaitons qu’elle se fasse dans le dialogue, dans une approche partagée des besoins et des envies. Je suis convaincu qu’ensemble, nous parviendrons à imaginer un projet ouvert à chacun, porteur de sens et d’avenir.

Ensuite, la situation financière de la Ville, que vous connaissez et qu’il est de notre responsabilité de redresser. La contrainte financière qui pèse sur le budget communal nous a conduits, élus et services à consacrer l’année 2016 à la recherche de 14 millions d’euros d’économies, ce qui constitue un effort considérable et inédit pour la Ville.

Enfin, celui des emplois publics. En faisant part de leur inquiétude quant aux non remplacements de départs en retraite, les organisations syndicales sont dans leur rôle et il est de notre responsabilité d’employeurs d’échanger avec leurs représentants à ce sujet. C’est la raison pour laquelle un accord de méthode a été proposé afin de convenir d’un cadre de travail et d’accompagner l’évolution des effectifs de la Ville de Grenoble, en échangeant sur les modalités concrètes de mise en œuvre du plan de sauvegarde des services publics locaux.

L’enjeu est bien d’accompagner la transformation des services publics locaux pour garantir leur pérennité. Cette transformation implique de nouvelles méthodes, des approches plus transversales, une articulation renforcée entre l’analyse des besoins sociaux sur les territoires et l’évolution de la réponse publique à ces besoins sociaux. C’est ce que nous choisissons de construire quand nous réfléchissons à l’avenir des équipements publics, et quand nous accompagnons les parcours des agents, pour concevoir sur le long terme les services publics de demain.