Renouvellement urbain de la Villeneuve : 6 questions sur l’ANRU
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La Villeneuve fait partie des 200 quartiers financés par l’ANRU (l’agence de l’Etat pour le Renouvellement Urbain). Pour pouvoir bénéficier de ce financement, un plan-guide doit être présenté offrant des garanties suffisantes d’évolution pour l’ANRU, sans pour autant dévisager complètement le quartier et lui faire perdre son identité. Ce projet est porté notamment par Maryvonne Boileau, déléguée à la Politique de la Ville et par Catherine Rakose, élue de secteur 6 (Villeneuve Arlequin – Baladins-Géants – Village Olympique – Vigny Musset)

Quelles sont les marges de manœuvre de la municipalité par rapport au projet ANRU 2 à la Villeneuve ?

L’ANRU 2 est un outil au service de la Villeneuve afin d’améliorer son cadre de vie. Pour pouvoir prétendre au financement de l’ANRU, il nous faut répondre à divers objectifs de l’Etat, dont le développement de la mixité des usages et d’une mixité sociale (des jeunes, des ainés et des familles ; des propriétaires et des locataires ; d’anciens ou de tout nouveaux Grenoblois ; …) ce qui était bien l’objectif du projet initial de la Villeneuve. Pour y parvenir, il y a de multiples politiques publiques à activer : il s’agit d’améliorer le cadre de vie en général et de rénover les logements, mais aussi de travailler sur les parcours éducatifs et la qualité des équipements scolaires, le développement du commerce de proximité, la tranquillité publique, l’insertion et l’emploi notamment pour les jeunes, …   Concernant l’urbanisme, il est proposé une plus grande ouverture vers l’ensemble du territoire municipal et métropolitain (la Villeneuve est au centre géographique de la Métropole).

Cela peut passer parfois par quelques démolitions quand les grands ensembles des années 60/70 constituent des barrières de bétons trop fermées et imposantes, mais surtout par beaucoup de rénovation de l’existant.

Vous êtes pour ou contre les démolitions ?

Concernant les démolitions, elles constituent toujours un fait marquant pour les habitants. Certains les souhaitent car ils y voient l’opportunité de connecter davantage leur quartier au reste de la Ville en créant de nouvelles traversées et de retrouver une ambiance moins bétonnée et écrasante, et plus aérée. D’autres les redoutent car ils y voient notamment une perte de mémoire du lieu où ils ont grandi. Tous ces points de vue sont légitimes et respectables. Nous l’avons toujours dit : nous ne sommes pas « pour » par principe ou « contre » par principe les démolitions. Ponctuellement elles peuvent faire sens, et parfois elles ne sont pas souhaitables, et notamment dans une agglomération qui manque encore cruellement de logements. On ne détruit pas du bâti existant à la légère ! Il convient donc de trouver le bon équilibre. Sous la pression des acteurs du BTP, il y a eu dans les années 90/2000 une mode au « tout démolition ». Nous n’y avons jamais souscrit et nous notons que l’Anru équilibre progressivement davantage son approche. La préservation de l’identité architecturale et le développement de la vie sociale et citoyenne du quartier doivent rester les finalités, le renouvellement urbain doit être un outil utilisé en ce sens et à bon escient.

Quelles sont les différences du projet de la municipalité actuelle par rapport au projet précédent ?

Le projet « LION » porté par la majorité précédente prévoyait la démolition des 10, 20, 50, 90, 120 et 160. Il aurait cassé le ruban de la Villeneuve pour ne plus laisser que quatre plots isolés les uns des autres, défigurant irrémédiablement le quartier. Nous avons remis à plat ce projet tout en tenant compte aussi des contraintes fixées par l’ANRU : si deux immeubles ont vocation à être démolis (le 20 et le 160), les autres bâtiments seront quant à eux rénovés ! Notre ambition n’est pas de changer la Villeneuve mais de renforcer sa vie de quartier ainsi que sa dimension « éco-quartier » déjà très présente dès l’origine du projet : son magnifique parc, ses vues dégagées sur les montagnes, ses espaces piétonniers sans voiture, sa qualité de l’air (peu de Grenoblois le savent, mais c’est le quartier le moins pollué de Grenoble), son accessibilité en transports en commun …

Pourquoi s’orienter vers la démolition du 20 et du 160 ?

Bien qu’ils fassent partie du même ensemble, ces deux bâtiments ont chacun une histoire singulière. Il faut savoir que le 160 ne figurait pas dans le projet initial de la Villeneuve. Mais, déjà à cette époque, il fallait construire toujours plus, pour rentabiliser les lourds investissements. Il a été inséré dans cet espace qui avait pour vocation à rester ouvert. La démolition du 160 préfigure ainsi un retour vers le projet initial du quartier, permettant d’ouvrir une traversée supplémentaire faisant liaison avec le reste de la Ville. Ce bâtiment n’est plus affecté : la Ville n’en est pas propriétaire et la loi nous interdirait d’y créer du logement social (on ne peut augmenter la part de logement social dans les quartiers «  politique de la Ville »). Par ailleurs sa démolition permettra de créer des escaliers extérieurs pour les 2 bâtiments se situant de part et d’autre, permettant ainsi de respecter les normes de sécurité incendie sur les immeubles de grande hauteur.

Le 20 est l’un des plus anciens bâtiments du quartier. D’ailleurs, la vétusté des locaux du CCAS situés au RDC de l’immeuble a conduit au déménagement du service. Cela dit, pour le bailleur social, la rénovation du 20 entraînerait des coûts très importants et ce sans certitude d’apporter un bâti de qualité, notamment vu les difficultés de le rendre accessible. C’est pourquoi sa démolition est envisagée, et s’inscrit par ailleurs dans l’objectif de liaison du quartier avec le reste de la Ville.

Sur quelles bases seront réalisées les rénovations des 60-120 et 130-170 ?

C’est l’un des autres aspects importants du projet dans sa globalité. Contrairement aux idées reçues, il y a beaucoup de propriétaires à la Villeneuve (regroupés en copropriétés). Ces logements, méritent également d’être rénovés. Mais ces ménages, pour partie modestes sur le plan des ressources, sont dans l’impossibilité de supporter seuls le coût de ces rénovations. Heureusement, là aussi des financements publics peuvent être mobilisés. Sur les 60-120 et 130-170, qui sont des copropriétés privées, la rénovation se fera avec un financement porté à 50% par l’Anah (Agence nationale de l’habitat). C’est un cas unique en France et une réalisation emblématique pour l’Anah et pour l’avenir de la Villeneuve. Cette rénovation permettra notamment d’améliorer la qualité des logements par une isolation thermique, ce qui permettra de limiter les charges pour leurs occupants et de revaloriser les logements, confortant ainsi la mixité sociale.

Quelles ont été les modalités de concertation avec la population ?

Depuis plus de 10 ans, les habitants de la Villeneuve ont été concertés sur différents projets. Nous sommes repartis des sources déjà existantes pour proposer un projet plus respectueux de la Villeneuve. C’est ce projet qui a été débattu depuis une année avec les habitants dans le cadre :

  • de rendez-vous mensuels d’un Groupe Concertation Habitant qui rassemblait les habitants mobilisés sur le projet (table de quartier, CCI, union de quartier…) ;
  • de deux réunions publiques (fin octobre 2016 et mi-février 2017) pour une présentation large du plan-guide ;
  • de temps de terrain pour rencontrer les habitants sur des sujets précis définis avec le Groupe Concertation Habitant ;
  • d’une information et communication permanente autour du projet ;
  • d’un Groupe Concertation Territoires rassemblant les agents de proximité de la Ville et les bailleurs afin de faciliter leur investissement et leur mobilisation pour informer les habitants.