Réduction de la publicité : après Grenoble, au tour de la Métropole !
Partager

En 2015, Grenoble était la première grande ville de France à mettre fin à un contrat d’affichage publicitaire. Aujourd’hui, c’est toute la métropole (49 communes et 450 000 habitant·es) qui va s’engager dans une dynamique affirmée de réduction de la publicité à travers son RLPi (Règlement Local de Publicité intercommunal). Questions à Lucille Lheureux, adjointe aux Espaces publics, sur les objectifs et ambitions de ce RLPi.

4 ans après, quels retours sur le déboulonnage de 2000m² d’espaces publicitaires à Grenoble ?

LL : « La décision prise en 2015 a été courageuse et avant-gardiste. Notre municipalité a été localement très critiquée sur ce choix. Mais, dans toute la France et au-délà, cette décision a résonné, a interpellé, a fait réfléchir. Les retours ont été nombreux et positifs. Depuis quatre ans, chaque semaine apporte son lot de messages sur le sujet pour prendre exemple, s’inspirer, avancer… 4 ans après, qui voudrait revenir en arrière ? Qui voudrait réinstaller de la publicité à chaque coin de rue comme c’était le cas ? »

Aujourd’hui, c’est donc au tour de la Métropole de réglementer la publicité ?

LL : « En 2015, Grenoble a pris un temps d’avance. Un temps d’avance pris également quelques années plus tôt, en 2008, avec l’élaboration d’un Règlement Local de Publicité communal, déjà, pour l’époque, ambitieux et courageux. Aujourd’hui, avec le RLPi, l’heure est à la réflexion pour tout le territoire métropolitain. Ce temps d’avance, nous souhaitons le conserver pour les 49 communes de notre Métropole et ses 450 000 habitant·es. C’est pourquoi nous sommes en accord avec les orientations retenues dans le RLPi. Nous les soutenons et les soutiendrons. Nous serons exigeant·es sur leur application concrète, et resterons vigilant·es dans leur traduction réglementaire lors de la phase d’écriture du document dans les mois à venir. »

La première priorité affichée de la Ville est de continuer à réduire la place de la publicité. Sous quelle forme ?

LL : « Nous souhaitons effectivement poursuivre la réduction de la place de la publicité dans la commune, et au-delà. Cela passe tout simplement par une réduction du nombre de dispositifs et de leurs formats. Malgré la décision que nous avons prise en 2015 la publicité n’a pas disparu dans nos rues : il y a de la publicité sur domaine privé, de la publicité dans les abris de transports en commun, et les enseignes et pré-enseignes des zones commerciales par exemple. Il nous faut continuer à réglementer cela : par l’interdiction dans les secteurs à fort enjeux paysager ou patrimonial, par la diminution du nombre de dispositifs autorisés et leurs formats dans les propriétés et espaces privées, publiques ou parapubliques. »

Autre priorité, diminuer l’effet de la publicité sur les publics non avertis…

LL : « Oui, et principalement sur les enfants. En effet ceux-ci, bien qu’ils soient les cibles privilégiées des agences publicitaires, ne disposent bien souvent pas encore du recul nécessaire pour se protéger du matraquage des grandes marques. La société de consommation dans laquelle nous vivons encore s’impose aux enfants par l’omniprésence de la publicité à leur destination. Des efforts ont été faits, des débats se sont tenus, pour limiter la publicité à la télévision, à nous de protéger les enfants de ces messages consuméristes sur l’espace public. Le règlement du RLPI devra accélérer cette dynamique vertueuse auprès des plus jeunes et les préserver au maximum de la publicité, notamment aux abords des écoles et lieux d’accueil de l’enfance et de la jeunesse. »

Quid des écrans animés que l’on peut croiser sur le territoire métropolitain ?

LL : « C’est notre 3ème priorité, qui concerne les nouvelles technologies et les moyens de faire passer de la publicité. Les écrans animés doivent à notre sens être proscrits partout sur le territoire métropolitain. Ils sont captivants, agressifs, potentiellement dangereux pour la santé. Ils imposent leurs messages par le mouvement, peuvent représenter un danger pour la circulation, sont énergivores et déconnectés du temps présents et des défis à relever pour notre siècle. Les écrans numériques simples sur voie publique, notamment au sein des pôles de transport, devront également le cas échéant être strictement encadrés pour leur nombre, leur localisation, les horaires d’extinction nocturne, le type de technologie utilisée et leur luminence (c’est-à-dire la puissance lumineuse émise). Les écrans numériques sur domaine privé devront à notre sens être interdits. Nous demandons aussi à la Métropole de se pencher sérieusement sur la publicité numérique située au sein d’espaces privés, dans les vitrines des commerces principalement, mais visibles depuis l’espace public. La prolifération de cette forme de publicité agressive doit être encadrée, voire interdite au niveau national. Le RLPi devra faire mention de cela et nous souhaitons que la Métropole enclenche toute démarche utile en ce sens. »

Quels efforts seront faits pour l’information citoyenne, associative et culturelle ?

LL : « Réduction de la publicité ne veut pas dire réduction de l’information. C’est pourquoi nous porterons une attention particulière à ce que le RLPI permette et encadre bien la place de l’information citoyenne, associative et culturelle dans tout le territoire métropolitain. A Grenoble, nous concentrons désormais nos efforts pour que les Grenoblois·es puissent s’exprimer, s’informer les un·es les autres, sur la voie publique, dans nos parcs, nos rues, nos places. La publicité doit laisser progressivement la place à cette information vertueuse, collective et inclusive. Depuis 2014, nous avons ainsi doublé le nombre de panneaux d’affichage libre. L’information circule librement entre citoyens, sans la pression des lobbys et des grandes marques. L’année 2019 accélèrera cette puissante dynamique avec l’installation dès cet été du mobilier d’information urbaine VOX, mobilier d’information de la Ville de Grenoble. VOX relayera, sur tout le territoire communal, les événements culturels, sportifs, associatifs ou citoyens qui rassemblent. Une première installation sera effective à l’occasion de la Biennale des Villes en transition, en mars 2019. »