La crise actuelle devra permettre de rebattre les cartes de notre avenir pour ouvrir l’acte I de notre résilience
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Discours liminaire d’Anne Sophie Olmos, coprésidente du groupe des élu-es RCGE, lors du premier conseil municipal post COVID-19, tenu le 20 avril 2020 en visioconférence.

Monsieur le Maire,

mes chers collègues,

chers Grenobloises et Grenoblois,

la tenue de ce conseil municipal est exceptionnelle en plusieurs points. Exceptionnelle, parce que les élu-es qui y siègent auraient du, pour certaines et certains, rejoindre les bancs de la vie civile après le 22 mars. Exceptionnelle, par les moyens technologiques et légaux déployés qui permettent aujourd’hui à notre démocratie de continuer d’avancer. Exceptionnelle, parce qu’à l’heure où nous nous réunissons, 4 milliards de personnes sur la planète vivent une période de confinement imposées par une crise sanitaire mondiale.

Aussi, au nom du groupe RCGE, je tiens à remercier tous-tes les élu-es de ce conseil municipal qui participent collectivement à la continuité de notre institution, plus que jamais indispensable. Je tiens à remercier également l’ensemble des Grenobloises et Grenoblois qui respectent les contraintes du confinement , ainsi que toutes celles et ceux qui permettent d’assurer le principal pendant ce confinement : commerçant-es, caissier-ères, enseignantes et enseignants, agent-es du SMMAG, du ramassage des déchets, de la Poste, et tant d’autres. Je tiens à remercier aussi l’ensemble des agent-es de la Ville de Grenoble, et du CCAS, qui, physiquement ou en télétravail, assurent la continuité du service public. Je tiens à remercier enfin le monde associatif, et l’ensemble des volontaires et bénévoles, qui, auprès des plus exposés : les précaires, les personnes âgées, les victimes de violences domestiques, continuent de faire vivre la solidarité grenobloise alors que les inégalités explosent et continueront d’exploser quand la crise sanitaire se muera en crise économique.

Bien entendu, nous avons également tous une pensée particulière pour l’ensemble des professionnel-les qui se battent, chaque jour, pour accompagner les malades et contrer la pandémie. Leur mobilisation et leur implication sont vitales pour notre société. Leur mobilisation et leur implication ont toujours été vitales pour notre société. Pourtant…

Pourtant, rappelons que, depuis plusieurs mois, les mobilisations, débrayages et grèves se sont enchainées pour défendre notre hôpital public, notre bien commun, contre la froideur aveugle des politiques austéritaires. Depuis 2005, 8,9 milliards d’euros d’économies ont été imposés à l’hôpital. 69 000 lits ont été supprimés, beaucoup dans des centres de santé de proximité, renforçant encore plus l’inégalité territoriale face à la crise. C’est une véritable casse du service public hospitalier qui a été mis en oeuvre depuis 15 ans. Une casse visant la rentabilité, promouvant la privatisation et le bénéfice au détriment de l’intérêt général. Nous en payons le prix aujourd’hui.

Le 10 juin 2019, sur BFMTV, face aux inquiétudes et revendications des personnels soignants mobilisés, la ministre de la Santé déclarait que les dysfonctionnements de l’hôpital public pointés par le Gouvernement n’étaient aucunement liés « à un manque de moyens humains ou matériels ou à un problème de conditions de travail ». Aujourd’hui la crise du Convid19 lui a donné tort. On le voit : les politiques austéritaires menées depuis des années ont brisé les protections nécessaires à nos sécurités du quotidien. On nous disait que faire bifurquer le système était impossible, et pourtant, aujourd’hui, tout est à l’arrêt. Et quand ce système mondialisé et libéral s’arrête, se sont les territoires et la population qui prennent le relais, en première ligne, pour faire émerger un monde du prendre soin.

Quand un grain de sable enraye le mécanisme d’une mondialisation exacerbée, c’est toute la machine mondiale qui est paralysée. Quand des courgettes venues du bout du monde ou de l’Europe ne peuvent plus nous nourrir, c’est vers nos agriculteurs locaux que nous nous tournons, alors qu’ils et elles ne peuvent absorber la demande. Quand des masques ou des médicaments deviennent des denrées rares négociées à prix d’or sur les tarmacs chinois dans une concurrence internationale exacerbée, c’est vers les producteurs locaux que nous nous tournons, alors que notre tissu industriel a été démantelé depuis plusieurs décennies par la soif sans fin du libéralisme. Plus généralement, quand la pénurie de produits venus des quatre coins de la planète devient une réalité, c’est vers le local que nous portons tous nos espoirs. C’est sur nos biens communs que reposent tous nos espoirs.

La crise actuelle devra permettre de rebattre les cartes de notre avenir pour ouvrir l’acte I de notre résilience. Une résilience qui nous permettra d’aborder dans de meilleures conditions encore les enjeux climatiques à venir. Une résilience structurée autour d’une nouvelle république des territoires qui, face à la fébrilité du système apparaîssant au grand jour, panse les plaies causées par l’ordre néolibéral. A Grenoble, c’est la voie que nous avons engagé depuis déjà 6 ans.